Interview du youtubeur Matt Hudgel L'autodidacte – La mécanique pour les filles
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Interview du youtubeur Matt Hudgel L’autodidacte

Salut Matt, tu possèdes la chaîne Youtube Matt Hudgel L’autodidacte qui comptabilise plus de 24000 abonnés, peux-tu stp nous dire ce que tu proposes sur cette chaîne ?

Sur cette chaîne je partage un échantillon de mon quotidien mécanique. On peut y trouver des vidéos très générales pour aider/aiguiller/comprendre et apprendre à réaliser des opérations hyper basiques où des vidéos très techniques. Je poste également des vlog de suivi de mes différents chantiers.

 

Combien de voitures as-tu?

Attends je compte… 1,2,3…alors en ce moment j’arrive à 15. Toutes ne sont pas en état concours bien entendu, quelques unes attendent sagement de passer entre mes mains pour être restaurées et certaines sont de vraies épaves.

 

Où les achètes-tu?

Lorsque je suis en mode recherche active je passe surtout via le net, petites annonces, les onglets vente des forums spécialisés dans le modèle. Le bon coin est incontournable mais il faut vraiment connaître et avoir l’expérience pour dénicher la bonne affaire et écarter les pièges.

Comme je connais pas mal de monde du milieu et que j’ai aussi ma petite notoriété on me propose toutes les semaines des véhicules directement avant qu’ils soient mis en vente. Souvent des connaissances que j’ai aidé de façon altruiste pensent à moi lorsque le moment de la revente arrive. Comme je ne peux pas acquérir toutes les bonnes occasions je relaye à mes autres connaissances…je suis un peu une sorte d’entremetteur !

 

Tu t’adresses à des bricoleurs passionnés comme toi?

Mes vidéos sont à la portée de tous. Je suis suivi par environ 40 % de novices et débutants et 60 % des autres sont plutôt calés, certains sont vraiment très compétents également et savent reconstruire des voitures totalement comme je le fais. Depuis le début j’essaye de créer un contenu le plus qualitatif possible. Un novice peut comprendre après une vidéo basique de 2 minutes comment reproduire des gestes pour accomplir une tâche simple.

Ensuite comme la mécanique n’est pas toujours chose aisée je partage par exemple des vidéos sur comment mesurer un jeu latéral de vilebrequin ou mesurer un dépassement de pistons…il est certain que tout le monde ne se lance pas dans ce genre d’aventure à déposer / mettre en pièces totalement un moteur. J’ai eu des retours de débutants s’étant lancés dans ce genre d’opérations avec l’aide de mes vidéos et ils ont réussi à réparer des bases pour s’entraîner. Même si ce n’est pas parfait on s’en fiche. La prochaine fois sera mieux. Ce qui compte c’est la progression, l’ajout de compétences, l’augmentation de confiance en soi. Pour moi c’est une philosophie de vie car je pense que la connaissance et la compétence personnelle mène vers la liberté et la sérénité d’esprit face aux complications…et pas seulement en mécanique!

Au passage je tiens à remercier mon audience, certains me suivent depuis très longtemps. Je lis les commentaires, je réponds autant que possible et je ressens toujours de la bienveillance, du respect, une similitude de fonctionnement et de la passion. J’ai toujours un retour très positif.

Comment t’es-tu formé à la mécanique ?

C’est simple je suis autodidacte complet et l’expérience personnelle au quotidien est ma source principale de connaissances. Je n’ai jamais suivi de formation dans le domaine. Mon parcours est une sorte de prolongement des combats de mon père. J’ai passé mon enfance à l’aider dans ses travaux divers d’amélioration de notre vie dont la mécanique quotidienne avec des opérations de maintenance courantes, vidange, freins, amortisseurs, embrayage etc… Petit on observe, on tient la lampe ! Vers 11 ans j’ai commencé à toucher concrètement aidé par mon père qui vérifiait. Comme je suis très solitaire j’ai surtout enchaîné seul. On commence par la tondeuse, le tracteur puis les voitures. Je n’ai pas eu de période mobylette ou scooter car c’est à cette période que mon père a acheté son premier chantier: une ds 21 m de 73 (dsuper 5) à rénover totalement. Pour ce chantier je l’ai accompagné chez tous les revendeurs de pièces, les clubs, les annonceurs et spécialistes du milieu, carrossiers… Ainsi j’ai eu accès à tout ce panel en un laps de temps très court et j’ai suivi la renaissance d’une voiture dont pas grand monde n’aurait voulu lors de son état initial. Ce fut très enrichissant et une révélation.

Sont venus ensuite d’autres projets et bases, matra, fiat, land rover, Peugeot…
De mon côté en parallèle de mes études dans dans d’autres domaines j’ai toujours employé mon temps à apprendre en lisant ou en travaillant de mes mains. J’ai lu des milliers d’articles, de revues auto, de magazines puis ensuite des revues techniques, des fiches techniques, des manuels d’atelier, des cahiers techniques pro que je récupérerais avant la mise en benne. Le net avec les forums, les émissions télé dont les premières avant que ceci devienne un spectacle de divertissement.

J’ai également beaucoup pratiqué et fais d’erreurs aussi en expérimentant.. J’ai investi ma première paye dans un 4×4 avec moteur cassé et après une négociation tendue il me manquait encore 50 € que j’ai dû emprunter ! Le but était de le réparer et le revendre. Quand je regarde objectivement les restaurations que je mène aujourd’hui je réalise que j’ai énormément progressé. Désormais je reconstruis totalement depuis des châssis nus. Avec l’expérience je suis plus serein avant de me lancer dans des chantiers conséquents. J’ai également beaucoup plus de moyens niveau matos et finances mais c’est le résultat de 15 ans d’acharnement.
En partageant mes chantiers sur les forums en premier lieu, j’ai constaté qu’on me suivait beaucoup, que je m’en sortais bien et que je contribuais à un enthousiasme. J’ai profité de YouTube pour proposer le type de vidéos que j’aurais aimé voir si cela avait existé lors de mon adolescence.

De nos jours l’information est partout et facilement accessible si on se donne la peine de chercher correctement et qu’on se coupe de la toxicité ambiante.

 

Quelle est ta voiture de prédilection ?

A choisir un modèle au dessus des autres j’opte pour le Range Rover Classic V8.

Je suis assez éclectique niveau goût. Pour bosser sans prise de tête j’aime beaucoup les Land Rover anciennes générations qui sont de vrais tracteurs Lego. Niveau style, solutions techniques je suis fan de la Citroën DS. J’en restaure une actuellement et j’ai appris beaucoup sur cette voiture. Ensuite j’aime les trucs qui sortent de l’ordinaire, les sleepers, les muscle cars, kit car, hot rod etc…Un petit faible pour les Mercedes 126,124 et 201. Il y a aussi une liste de celles que j’aimerai à l’avenir posséder un moment ou garder comme la Dodge Challenger, la c63 amg, une réplique AC cobra, un land 109 2 portes bleu…

 

Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de travailler sur une ancienne ?

C’est simple je suis 100% autonome. Ça tient sans doute aussi à mon côté solitaire. Je n’aime pas dépendre de quelqu’un pour quoi que soit donc certainement pas pour réparer ma caisse. De plus les anciennes ont une âme, un style, un caractère, une odeur, des défauts. Elles peuvent toujours se réparer et sont d’excellentes bases pour quelqu’un souhaitant travailler de ses mains. Quand je roule l’état du parc automobile français me dégoûte, tout se ressemble, c’est aseptisé. J’aime assez créer ce sentiment d’anachronisme quand je roule car si je restaure c’est pour pouvoir ensuite rouler au quotidien. Je ne cherche pas forcément à me faire remarquer.

 

 

Quelles sont les différences entre une voiture de collection et une youngtimer?

Pour simplifier une Yougtimer est une voiture de collection en devenir. C’est surtout une terminologie de générations entre les collectionneurs type baby boomers des années 60 et les générations plus jeunes qui veulent par exemple retrouver les voitures de leur jeunesse. Pour simplifier la chose, une voiture classique comme tout autre bien ou produits de consommation suit un cycle de vie. Neuve 2 ou 3 ans, occasion jusqu’à 15, vendue bradée, usée au maximum ou détruite jusqu’à 25/30 dans le meilleur des cas!…Puis avec sa raréfaction et l’esprit nostalgique on voit de nouveau sa côte augmenter. Pour certains modèles rares / spécifiques / cultes ou très désirables dès leur sortie la cote ne chute pas ou même augmente par rapport au tarif neuf.

Une différence notable sera qu’une youngtimer sera plus facilement utilisable tous les jours qu’une ancienne. Elles ont des performances, qualités routières, de confort, d’agrément quasi équivalente à une voiture neuve et parfois plus. Elles permettent aussi de rouler classe ou différent pour un budget réduit en comparaison d’une voiture neuve…

 

On entend de plus en plus parler du bon plan d’acheter une youngtimer aujourd’hui qui prendra de la valeur dans plusieurs années, qu’en penses-tu ?

On rejoint mon explication précédente de cycle de vie et de raréfaction avec les années. Oui c’est une démarche cohérente si on sait acheter correctement le bon modèle, bonne motorisation, bon équipement etc… C’est une démarche que j’ai faite perso. Il faut aussi garder à l’esprit qu’un véhicule qui n’est pas utilisé s’abîme et qu’il y aura obligatoirement des frais à prendre en compte lors de la négociation de revente en l’état ou pour sa remise en route.

Gardons aussi à l’esprit que le bon plan peut tourner au drame en cas de revirement soudain des facteurs dont elles dépendent type crise d’énergie, fiscalité dissuasive, interdictions et législation en tous genre…

 

Dans quelles youngtimers serait-il bon d’investir selon toi?

Dans une optique achat/revente il faut avant tout être bien clair dans sa démarche au moment de l’achat et être certain de vouloir revendre à terme. Le piège étant de ne pas accepter de se séparer de sa voiture. Ensuite si c’est dans une démarche plus passionnelle il faut seulement choisir le modèle que l’on aime. Soyez juste certain de savoir l’entretenir / réparer et si vous ne savez pas alors formez-vous.

L’idée est simple, passer en revue les modèles ayant entre 20 et 30 ou 35 ans, sélectionner ceux qui étaient désirables déjà à l’époque, ceux qui ont marqué leur époque ou qui étaient dignes d’intérêt.

Perso j’ai opté pour 2 Mercedes 300CE24, la 500 et 560 SEC sont pas mal aussi mais déjà un peu tard. A la louche je dirai le coupé/ cab M3, subaru impreza WRX, saab 900 turbo, alpine gta, xm V6, alfa romeo gtv, le Defender…

 

Que recommanderais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la restauration d’une ancienne ? Est-ce financièrement intéressant d’en acheter pour les revendre après réparation ?

Tout est affaire de moyens, de compétences et de bon achat au départ. Perso je planifie toujours presque tout à l’achat. Sachez bien mesurer l’ampleur réelle des travaux et il vaut mieux passer son chemin si on se sent incapable de les mener ou de les faire sous-traiter. Si vous partez sur un petit budget, les risques sont vraiment limités et vous ne risquez pas de perdre beaucoup d’argent. Entraînez-vous sur des bases simples puis progressez vers des modèles plus complexes.

 

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Où achètes-tu tes pièces car j’imagine que plus la voiture est ancienne moins c’est facile de trouver des pièces ?

Je fonctionne différemment selon la nationalité de la voiture. En gros il faut distinguer le fonctionnement Français et par extension de l’Europe occidentale du monde Anglo-saxon. J’ai beaucoup plus de difficultés pour me fournir en pièces de françaises des années 80 qu’en Anglaise des années soixante. Les Anglo-saxons et Américains ont la culture du DIY, du patrimoine automobile, de l’histoire et de l’héritage. Je dirai que les Français y viennent depuis un peu moins de 10 ans en moyenne et tout se met encore place pour combler un manque.

Pour m’approvisionner en pièces d’anciennes Françaises je privilégie les pièces neuves d’époque auprès de revendeurs, particuliers, je scrute les petites annonces, je bouge et achète parfois des lots complets. C’est le meilleur moyen d’être certain d’obtenir de la qualité ou de remonter de la pièce de tôlerie d’origine.

Pour les Anglaises c’est plus simple niveau consommables et pièces d’entretien courant car presque tout est fourni facilement à un excellent tarif.

Pour les Allemandes on a un bon suivi mais les tarifs piquent un peu.

La solution que j’applique à chaque fois c’est de stocker 2 ou 3 voitures identiques pour pièces et de se débrouiller au mieux pour réduire les frais.

 

Pareil pour la sellerie?

J’essaye dans la mesure du possible d’acheter des intérieurs complets en très bon état directement pour bénéficier d’une belle patine pour les cuirs. Un cuir neuf n’est jamais aussi beau et les grains modernes sont grossiers sauf en tapant dans les peaux hors de prix. Pour les tissus j’arrive à trouver pas mal de choses en cherchant beaucoup. Quand je cherche quelque chose je téléphone partout jusqu’à trouver une piste valable. J’envisage même de faire relancer une production minimale chez un fabricant si il me faut un modèle précis.Il ne faut pas se mettre de limites car si vous avez le problème, d’autres l’ont aussi…dans ce cas groupez-vous et partagez les frais.

 

Quels sont tes projets d’évolution pour ta chaîne ?

Continuer de partager mon quotidien. Une fois la DS terminée j’aimerai passer sur un chantier moins minutieux et plus défoulant et délirant. J’ai déjà toutes les pièces et le nécessaire pour me construire un 4×4 qui serait assemblé dans le but de pratiquer uniquement le franchissement…de la boue partout, de l’eau jusqu’au toit, un V8 hurlant, l’idée me branche. J’ai aussi un Range V8 de 83 en attente de restauration totale.

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Comment vois-tu l’avenir de l’automobile ?

Il ne m’intéresse pas particulièrement. Parfois un modèle retient mon intérêt mais jamais au point de ne plus en dormir où de revendre mes voitures actuelles que j’apprécie. Il suffit d’observer notre quotidien pour constater que nous glissons toujours vers plus d’uniformisation, de lissage des particularités. Les constructeurs se regroupent, sous traitent aux mêmes équipementiers, collaborent…

Maintenant je peux comprendre car les constructeurs ne font que répondre aux besoins de la population n’ayant pas forcément une culture automobile et pour qui la voiture est un bien de consommation comme un autre. Les attentes modernes sont différentes (besoin d’hyper-connexion perpétuelle), les normes restrictives et vanter les performances du dernier V8 suralimenté est un peu malvenu dans un pays qui limite ses routes à 80 km/h. Les constructeurs doivent aussi tenir des objectifs financiers, lutter ou disparaître…la passion est-elle d’ailleurs encore franchement un élément qui compte? Non franchement ce n’est pas un monde qui m’attire bien que nous ayons des capacités techniques très avancées…J’ai un trop fort ressenti de bridage et de politiquement correct.

 

La règlementation est de plus en plus stricte avec les contrôles techniques et les conditions de circulation durant les pic de chaleur, tu as eu des soucis ?

Pour les contrôles techniques, je n’ai pas vraiment de problème car mes véhicules sont en bon état et si besoin de travaux je fais ce qu’il faut. Les contraintes de délais ou de récurrence sont par contre contraignantes quand on a une vie bien remplie et des tonnes de projets. Les conditions de circulation et restriction je ne m’en occupe pas. On peut contourner facilement selon les modèles avec les effets pervers que cela entraînera. De toute façon je n’écoute pas la radio ni la télé, je ne suis au courant de presque rien et mon véhicule de tous les jours fonctionne au Gaz Naturel.

 

As-tu un contrôle technique (CT) particulier pour une voiture ancienne ?

Pour le moment ce n’est pas le cas pour moi. Je passe mes voitures en véhicules classiques. La possibilité d’opter pour la carte grise type collection est plus avantageuse qu’avant. La voiture devient alors objet de patrimoine personnel. C’est un choix à faire selon les besoins et stratégies de chacun. A savoir qu’il n’est par exemple normalement plus possible de tirer bénéfice d’une location événementielle d’une voiture avec ce type de carte grise. Il est aussi possible d’assurer en collection une ancienne ayant pourtant une carte grise classique.

 

Dans quelle voiture roules-tu au quotidien ?

Mon Range Rover Classic V8. Je l’ai depuis avant l’obtention du permis et son kilométrage est inavouable.
C’est selon moi le véhicule le plus polyvalent. Il est modifié maison et parfaitement adapté à mon style de vie, ma taille, mes besoins de travail. Le son du V8 surprend beaucoup de monde, le modèle est désormais légendaire, il est à l’aise partout, ville, campagne, voyages. Grosses roues qui ne craignent pas les nids de poules ou bas côtés, mécanique que je connais par coeur, réparable à l’infini, zéro électronique, châssis hyper costaud, ponts rigides…Franchement il est hyper fiable et seule la caisse est problématique si elle est corrodée mais de toute façon on trouve toutes les pièces de tôleries en neuf ou les fabriquer soi même n’est pas infaisable.Il est aussi mal isolé d’origine…je compte le restaurer totalement de toute façon.

Au sinon j’utilise aussi ma 404 de 1961 très quotidiennement, j’ai hâte que la DS vienne s’ajouter, je crois que je vais rouler pas mal avec!

J’ai aussi eu une période avec mon coupé Mercedes 300CE24, hyper plaisant, très classe et brûle permis mais pas super polyvalent et au final très capricieux. Moi qui croyais être tranquille en inaugurant de l’allemand…! Finalement j’ai eu beaucoup moins d’ennuis avec le Range.

 

Merci Matt de t’être prêter au jeu! :)

De rien c’était avec plaisir!

 

Si vous voulez suivre Matt et sa passion de la mécanique :

Sa chaîne youtube : https://www.youtube.com/user/MisterGintonic

Sa page Facebook : https://www.facebook.com/atelierautopsie/

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